La relation entre le bouddhisme zen et les arts a laissé des traces profondes dans la culture orientale, notamment au Japon. De la cérémonie du thé à l’ikebana (arrangement floral), du shodo (calligraphie) à la poésie, le bouddhisme zen trouve dans l’expression artistique une dimension importante de sa pratique.

Le zen et l’art

L’essence du zen est la conscience du moment présent, l’infinitude de l’ici et maintenant, et l’illumination dans la vie quotidienne. En valorisant la simplicité, la spontanéité et l’harmonie, l’art zen cherche à s’intégrer au flux naturel de l’univers. Tout au long de l’histoire de la pratique, et encore aujourd’hui, d’innombrables maîtres, moines et laïcs se sont consacrés à l’expression poétique de la pensée zen.

Il enseigne que l’univers se révèle totalement nouveau à chaque instant. La matière poétique du zen est cet instant présent, qui ne peut être saisi, dans lequel le langage n’est pas encore intervenu. La poésie zen exprime l’identité et l’unité du sujet et de l’objet à chaque instant, c’est le dharma, l’esprit du Bouddha qui se manifeste spontanément dans chaque phénomène.

Ryokan, un moine zen du XIXe siècle, a composé un grand nombre de poèmes à son sujet :

« L’automne arrive et les nuits deviennent de plus en plus froides – Il est temps de raccommoder les guenilles Disent les voix des insectes à ma porte ».

« En cueillant des violettes au bord de la route, j’ai oublié et laissé mon mug qui me suppliait. »

Francisco Handa, moine bouddhiste zen du temple Busshinji (SP) et poète, explique que la pratique elle-même est un art « faire zazen, la méditation bouddhiste zen, est aussi un art, tout comme les cérémonies, et tout art parle de ce qui est le plus proche de la vérité ».

Dogen Zenji, le premier patriarche du zen au Japon, a composé des ouvrages philosophiques étendus et renommés et a également utilisé fréquemment des poèmes qui évoquent l’esprit zen :

« L’oiseau d’eau dans ses allées et venues ne laisse aucune trace mais sa présence n’est pas oubliée ! ».

« Après avoir cherché dans les montagnes lointaines, j’ai trouvé ma maison. Ma maison, où j’avais toujours vécu. »

« Les vagues sont calmes. Le vent se meurt sur un bateau désert. La lune de minuit haute et brillante. »

« La fleur de pêcher s’épanouit dans le vent du printemps. Il ne laisse aucune trace de doute sur ses feuilles et ses branches. »

(Traduction : Francisco Handa)

Haiku, une poésie zen et minimaliste

C’est peut-être dans le haïku, une forme poétique de trois vers de 5, 7 et 5 syllabes, que se trouve l’essence de la poésie zen. Par sa nature et sa simplicité, le haïku offre une forme littéraire dans laquelle le praticien peut exprimer ce qui est originellement inexprimable : l’expérience de l’unité de tous les phénomènes, la pleine conscience dans le moment présent. Il ne s’agit pas de créer des images, des métaphores, des jeux de mots, mais plutôt de « photographier » un moment où la division entre sujet et objet disparaît et où l’on peut être témoin de l’unité de toutes choses.

Il y a un aujourd’hui pour tant d’hier

Au Brésil, l’écrivain et traducteur Paulo Leminski (1944-1989) est l’auteur de haïkus le plus populaire.

« l’amour est un lien entre le bleu et le jaune » (Paulo Leminski).

Le moment présent

Francisco Handa explique que « le haïku consiste à vivre intensément le moment présent, avec ce qui nous entoure. Dans le bouddhisme, il est dit que nous devons nous éclairer avec les dix mille dharmas [tous les phénomènes, la réalité telle qu’elle est]. On ne compose pas les haïkus d’hier, ni ceux de demain. Il en va de même pour le zen : le moment présent ! »

C’est dans cet esprit libre de toute conjecture et de tout jugement que s’épanouit la poésie de l’instant présent, exprimée par les grands haïkuistes :

« Une petite grenouille qui grimpe sur une feuille de bananier en tremblant. »

(Kikaku, 1660-1707)  « Parmi l’herbe, une fleur inconnue fleurit blanche ».

(Shiki, 1869-1902)  « Sous l’eau sur les rochers reposant les feuilles mortes ».

(Joso, 1661-1704) 

La vie quotidienne

Pour le bouddhisme zen, il n’y a pas de distinction entre la pratique et l’illumination : la voie du Bouddha se présente dans la vie quotidienne, dans la réalité telle qu’elle est. En ce sens, la vie quotidienne est à la fois samsara (le cycle de la souffrance) et nirvana (libération de la souffrance). L’art, pour le bouddhiste zen, s’insère dans cette identité entre illusion et illumination, dans laquelle l’homme cesse d’être le centre de l’univers ou quelque chose de séparé de la nature. C’est le résultat de la pratique incessante de zazen, « s’asseoir simplement », dans laquelle les pensées et les actions intentionnelles sont naturellement abandonnées et la nature est autorisée à s’exprimer sans idées préconçues et loin des catégories intellectuelles. Pour paraphraser Guimarães Rosa, « l’illumination est partout » :

« Pequena borboleta, embellir mes cheveux pour un moment. » (Clície Pontes)

« Le chauffeur de taxi, mon père aussi, les jours de grande chaleur, Assobiava assim. » (Paulo Franchetti)

« La pierre jetée… Fond du lac d’automne, fait s’écrouler le ciel. » (Francisco Handa)

Le haïku se confond avec la vie, résume Francisco Handa. « Nous composons simplement et nous n’y pensons pas. De la même manière, nous respirons, mais nous oublions que nous respirons. On respire. Nous composons simplement des haïkus ». Comme le zen, le haïku enseigne « que la chaleur est trop chaude, que la pluie mouille, que la pluie de printemps est agréable, que la pleine lune d’automne est immensément ronde ». L’évidence nous semble si absurde ».